rss annuaire entreprise Le blog d'Alain Bagnoud

Le blog de l'écrivain Alain Bagnoud. Lecture, journal, coups de coeur et coups de gueule. Cafés de Plainpalais, gastronomie et oenophilie. Proust et Céline. Liste d'auteurs et de publications, liens avec des maisons d'édition et autres sites intéressants. Ce genre de choses.

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Café radio

Degas, L'absinthe, ou Dans le café

Jeudi passé, j'ai fait le tour des cafés du coin à l'heure de l'apéritif. Pas de quoi étonner ceux qui connaissent mes habitudes?
Si. Ce jeudi-là était un peu singulier. J'étais avec un jeune journaliste, Lucas Thorens. Il me faisait parler pour un petit reportage qui passera demain entre 10 et 11 heures à la Radio romande, dans l'émission de Madeleine Caboche Rien n'est Joué.
Le principe était de faire un portrait subjectif des cafés de Plainpalais, dont je semble devenu en quelque sorte un spécialiste. Enfin, comme me l'a dit ma fille: « Tu as assez investi pour ça. »
Nous avons donc blaguoté pendant deux ou trois heures, Lucas Thorens et moi. De quoi? Un peu de tout.
Il faudra voir ce qui est gardé. On est un peu anxieux quand même. L'impression qu'on fera. Si on n'a pas été trop banal.
De toute façon, promis, je mets tout ça en ligne. (Sauf si le résultat fait trop souffrir mon narcissisme.)
Ceci dit, ce n'est pas par narcissisme, ou pas uniquement, que je participe à cette émission. L'opération est promotionnelle. Elle me permet d'annoncer sur les ondes mon prochain livre. Le jour du dragon, je vous rappelle le titre (aux Editions de L'Aire). Sa sortie officielle sera le 5 novembre, en même temps que la version poche de La leçon de choses en un jour (dans L'Aire bleue).
On a retenu? (Je vous rappellerai encore tout ça, comptez sur moi!)


Au-dessous du volcan

Geoffrey Firmin était un de nos personnages de référence, quand nous avions vingt ou vingt-cinq ans, que nous étions un peu dans les études et pas mal dans les cafés. Il y avait même, dans notre bande, un bl Under the volcanoond avec barbe qui faisait de son mieux pour incarner le personnage, et que nous appelions donc le consul. Il est devenu directeur d'une entreprise de construction dans le gros de Vaud.
Voilà une manière de dire qu'Au-dessous du volcan était pour no
us une sorte de livre sacré. La longue déambulation picoleuse, désespérée et romantique du Consul. L'éloge de l'alcoolisme comme manière de vivre la perte du paradis et la mort de l'amour.
Ce grand roman lyrique et exotique avait ses initiés. Il y avait entre eux des mots de code, des références qui faisaient immédiatement le tri. Completament borracho, le mescal, Oaxaca où certains sont allés, exprès, à cause du livre.
Tant de souvenirs, parce que je recommence la lecture de ce roman... Avec de l'appréhension, il faut l'avouer.
Est-ce que ça va tenir le coup? Est-ce que je ne vais pas être déçu? Est-ce que mes souvenirs et l'aura que nous avions mise autour du texte ne seront pas plus beaux que lui?

Malcolm Lowry, Au-dessous du volcan, Folio


Au lieu des corps, par Pascal Rebetez

Au lieu des corps, par Pascal Rebetez, avec une intervention de Gérard Coquelin, Maître ferronnier.Un très beau livre de Pascal Rebetez, Au lieu des corps. Beau à plus d'un titre.
Le contenu. Les poèmes de Rebetez, tous situés par leur titre dans un lieu précis, parlent d'amour, de plénitude sensuelle et d'attente. Très charnels, très attachés aux matières, aux ambiances, aux paysages, aux humeurs, aux sensations.
Et puis le livre lui-même. Un format original, une typographie soignée, une mise en page élégante, des illustrations de qualité. Un objet sensuel en harmonie avec le contenu.
Il a été créé par les éditions Encre & lumière et le maître typographe-imprimeur Jean-Claude Bernard à Cannes-et-Clairan dans le Gard, qui s'adonne à la composition manuelle, au plomb, suivant la tradition antique de Gutenberg.

Il y a deux éditions. L'une avec cinq illustrations quadri de l'artiste britannique Isis Olivier. L'autre, contenant les mêmes textes, avec cinq reproductions de l'artiste « postal » Michel Julliard. Avec aussi deux tirages de tête qui intègrent une oeuvre originale.
Tenez, pour donner un peu de saveur à tout ça, je vous cite le poème le plus court du recueil (et, en fait, le plus abstrait):
LAUSANNE
Qui éclaire crée de la nuit
qui aime borde l'ennui
la chaleur se nourrit du froid
le soleil ne voit pas son ombre.

Pascal Rebetez, Au lieu des corps, Encre et lumière, diff. Zoé

(Voir aussi Blogres. )


Coaltar

         Coaltar

Une nouvelle revue littéraire en ligne (dans laquelle écrit notamment votre serviteur). Abandonnez tout, cliquez immédiatement sur l'image ci-dessus ou le lien ci-dessous, et mettez le site en favori. Bonne lecture!
                                          http://www.coaltar.net/


La belle vie

Il n'y a plus de saisons Orgue de barbarieIl n'y a plus de saisons. En plus le tram est en retard. Bloqué dans un carrefour où un accrochage entre deux voitures a eu lieu. De la tôle froissée et quelques gesticulations calmes autour du constat.
Sur le trottoir, un orgue de barbarie coloré, joyeux et grinçant. Le monsieur a un grand chapeau de berger. Un chat dort sur l'appareil, très sage, et les gens disent pauvre bête, dehors par ce temps.
Une autre musicienne plus loin. Une fille sous le porche d'un magasin, avec en bandoulière un appareil qui diffuse des orchestrations de karaoké, sur lesquelles elle chante. Mais elle ne fait pas la quête. Elle a des lunettes rondes, un capuchon et une petite bouche.
Après l'armée du Salut, il y a un café qui s'appelle « La belle vie ». Et déjà les immeubles neufs.
Celui, tout en verre noir, de la Société privée de gérance. Celui qui traite les dossiers des vieux qui n'arrivent pas à joindre les deux bouts.Devant la porte, un monsieur que je connais. Un pucier de Plainpalais qui vend depuis toujours des livres, de la vaisselle et quelques meubles usés sur son stand, les mercredis et les samedis. Il est avec sa femme, concentré. Elle lui parle, véhémente. Il écoute ce qu'il devra répondre aux fonctionnaires qui l'interrogeront.


Au bonheur des dames, Oh les filles

           


Martin Amis, La Maison des Rencontres

Martin AmisLe narrateur de ce livre est un être au premier abord peu aimable. Ancien soldat violeur de l'Armée Rouge à la fin de la deuxième guerre mondiale, macho, violent, cynique, misanthrope.
Au début du roman, il est sur un bateau qui remonte le Ienisséï, il retourne en 2004 dans le goulag où il avait été interné après la guerre. Il y avait retrouvé son demi-frère, Lev. Idéaliste, pacifiste, non-violent, poète. Mal armé pour survivre dans ces conditions. Et de plus en violent contentieux avec le narrateur, puisqu'il a épousé la femme qu'ils aiment tous les deux et qu'ils aimeront toute leur vie.
Mais la relation entre les deux frères survit à tout ce qui pourrait les dresser l'un contre l'autre, dans ces conditions inhumaines et ces situations historiques brutales, pendant les quarante ans qui sont racontés de ces vies et de ce triangle amoureux.
Le livre prend la forme d'une longue lettre, adressée à la fille adoptive du narrateur, qui vit en Occident. Pour lui expliquer ce qu'il a vécu mais aussi pour la faire plonger dans cette fameuse âme russe dont la littérature a fait si grand cas jusqu'à nos jours.
Parce qu'Amis a envie de se colleter avec les maîtres russes. Un érudit pourrait faire un recensement riche des noms, des citations cachées, des allusions à la littérature russe. Comme si ce passé prestigieux et ce chaudron cauchemardesque qu'a été l'URSS, ses morts, ses déportés, avec ses échos du passé et ses prolongements d'empire (la question de la Tchétchénie et la prise d'otages de Beslan évoquée dans le livre) constituaient une matière première idéale pour le sarcastique, désespéré, caricatural Martin Amis, et pour sa dénonciation de l'absurdité de la vie.

Martin Amis, La Maison des Rencontres, Gallimard


On peut préférer un peu de tristesse

« Le jeune fasciste, appuyé sur sa race et sur sa nation, fier de son corps vigoureux, de son esprit lucide, méprisant les biens épais de ce monde, le jeune fasciste dans son camp, au milieu des camarades de la paix qui peuvent être les camarades de la guerre, le jeune fasciste qui chante, qui marche, qui travaille, qui rêve, il est avant tout un être joyeux. »

                                                          Robert Brasillach, Les sept couleurs


Les sept couleurs, par Robert Brasillach

Congrès de NurembergLes sept couleurs, donc, du sulfureux Brasillac, a un style éblouissant et un contenu vaguement gênant.
Brasillach en tout cas est un virtuose. Dans Les sept couleurs, il varie à volonté et systématiquement les formes. Il commence par un roman traditionnel, passe à l'épistolaire, puis au journal intime, puis aux réflexions, au théâtre, aux documents et enfin au monologue. Toutes choses qu'il maîtrise à la perfection.
Peu d'écrivains peuvent jouer parfaitement de tant de registres, en connaître les règles et les faire oublier en utilisant une langue si fluide.
Quant au contenu, c'est autre chose.
Une très belle histoire d'amour commence au début du livre, entre deux jeunes gens qui visitent Paris comme s'ils étaient en vacances. Puis ils se perdent sans jamais s'oublier et c'est alors que tout se gâte un peu.
Patrice, le garçon, passe du Manifeste du surréalisme à l'admiration du fascisme italien qu'il découvre comme précepteur à Florence. Il s'engage dans la Légion étrangère dont il jouit des rudesses viriles, puis il dirige une chambre de commerce en Allemagne ce qui lui permet d'assister au Congrès de Nuremberg et de s'extasier sur l'esthétique nazie, son endoctrinement de la jeunesse, son culte de la force et de la joie.
Catherine de son côté épouse un homme qui, croyant la perdre parce qu'elle a revu Patrice, s'engage dans la guerre d'Espagne aux côtés de Franco, bien entendu, ce qui est prétexte à des reportages enthousiastes.
Tout ceci permet à Brasillach de comparer les différents fascismes et leurs adaptations locales. Afin, probablement de définir ce fascisme français national qu'il appelait de tous ses voeux.
Bien évidemment, cette position idéologique sonne de manière assez déplaisante aux lecteurs actuels. Mais il n'y a pas que ça.
Brasillach a tendance à voir ses personnages comme des types. La jeune fille allemande (avec ses tresses blondes). La femme française (une petite brune). L'homme léger qui s'oppose à l'homme lourd. Le garçon nazi. Le vieux guerrier allemand.
Et ces clichés affaiblissent considérablement l'histoire d'amour du livre et la crédibilité de son roman.

Robert Brasillach, Les sept couleurs, Le livre de poche


Brasillach, la droite et le style

Robert BrasillachUne réputation, bonne ou mauvaise, est toujours un atout. C'est à cause de la sienne, exécrable, que j'ai lu du Robert Brasillach.
Cet écrivain né en 1909 a été fusillé après la guerre. Surtout parce qu'il a dirigé l'hebdomadaire Je suis partout pendant les années d'occupation, y prônant la haine des Juifs, la destruction des communistes et y montrant son admiration pour le IIIème Reich. Il n'était pourtant pas satisfait de la collaboration avec les nazis. Ce qu'il voulait, lui, c'était un fascisme à la française, personnel, et pas une sujétion à l'Allemagne.
Après sa condamnation à mort, une pétition d'intellectuels n'a pas décidé le général de Gaulle à le gracier. Peut-être, a-t-on suggéré, à cause des « préférence sexuelles » de Brasillach, qui était homosexuel. Plus sûrement parce que le général devait donner des gages aux communistes, et que Brasillach était considéré comme responsable de la mort de beaucoup d'entre eux.
Bref: réputation plus que sulfureuse. Et donc, mon intérêt pour sa prose et son style, dont on dit grand bien.
Mon ami Antonin Moeri prétendait à une certaine époque que tous les grands stylistes étaient de droite. Il citait Céline , Chardonne, je crois, et je ne sais plus qui.
J'ai parlé ailleurs de Paul Morand et j'ai beaucoup fréquenté Drieu La Rochelle à une époque. Tous ont du style, certes, mais encore faudrait-il s'entendre sur ce mot et ce qu'il désigne. Parce que Céline et Morand, par exemple, ce n'est pas exactement le même genre d'écriture.
Il me semble, subjectivement, que le mot style connote quelque chose de retenu, de hautain, de contrôlé. Ce qui veut dire que Proust n'en aurait pas? Et Céline, donc?
On ne s'en sortira pas. Mais c'est peut-être une question de vocabulaire pour désigner les bons écrivains et indiquer leur tendance politique. Dans ce cas, on dira de ceux qui se sont situés à droite qu'ils ont du style et des autres qu'ils ont une écriture. Et que le talent est indépendant de l'opinion politique.
Ou alors, Antonin, peux-tu m'éclairer?
(Et on parlera de Brasillach une autre fois.)



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