Le blog "rafraîchissant" de Christophe Courtois - un carnet de notes et d'anecdotes, un carnet de bord, un carnet de voyages, un carnet d'adresses... - amusant, instructif et résolument futile !
Comme disait Ovide il y a pas loin de deux millénaires, et mon prof de latin un peu plus récemment (quoique), "aevo rarissima nostro simplicitas" (La simplicité est si rare de nos jours). Pourtant, s'il y a bien un domaine où l'on a toujours su rester simple, c'est bien le cinéma. Je connais peu de secteurs où l'on cultive avec autant d'opiniâtreté le goût du dépouillement, le refus des caprices, le mépris pour le luxe, le détachement des choses matérielles. C'est peu dire que la plupart des stars sont à deux doigts de faire voeux de pauvreté.
C'est probablement la raison pour laquelle, quand il s'agit de s'asseoir, comme les SDF, les amoureux de Brassens ou les petites vieilles nourrissant les pigeons, les stars optent le plus généralement pour un banc public inconfortable.
Dans cette société trépidante, le repos, la procrastination et la contemplation - l'esprit vagabondant, le corps assis sur un banc - , n'ont de mon point de vue que des vertus. Il ne vous aura d'ailleurs pas échappé que je m'étais octroyé une pause de deux mois avant de revenir griffonner sur ce carnet, l'agitation passée.
Combien les "James Bond" attirent-ils traditionnellement de spectateurs en France ?
Quel est le "James Bond" a avoir eu le plus de succès en salles en France ? Vire-t-on les interprètes de 007 quand leur film a eu moins de succès que le précédent ? Les "James Bond" interprétés par Pierce Brosnan ont-ils eu plus de succès que ceux interprétés par Roger Moore ? Le premier Roger Moore, "Vivre et laisser mourir", a-t-il fait mieux que le dernier Sean Connery, "Les diamants sont éternels" ? Pierce Brosnan pouvait-il s'attendre à être débarqué après "Meurs un autre jour" ? Daniel Craig fait-il mieux que Pierce Brosnan ?
Vous trouverez les réponses à toutes ces questions dans ce simple graphique reprenant le nombre de spectateurs en France de chacun des films de l'agent secret le plus célèbre au monde ! (cliquez sur le graphique pour l'agrandir)
Au vu de cette soudaine gloire universelle, consécutive à la circulation de ces compilations d'affiches sur plusieurs milliers de sites et blogs en tous genres (du Brésil au Japon !), il était évident qu'il me faudrait dorénavant apprendre à vivre en fuyant les paparazzi. Aussi est-ce tout naturellement que je cherchais à remettre la main sur des lunettes noires, accessoires indispensables à toutes vedettes.
Quelle ne fut pas ma stupeur de constater qu'en dehors de l'agent K et de l'agent J*, la plupart des stars figuraient sur les affiches avec des lunettes dont les verres n'étaient... jamais noirs !
Je constatais ébahi la présence de reflets dans toutes les lunettes présentes sur des affiches de films. Etrangement, je m'étonnais de ne jamais m'y voir - bien que la logique eut voulu que l'observateur de l'affiche se reflétât lui-même dans les verres - avant de découvrir tant de richesses dans ces lunettes : des billets de banques, des méchants ou des victimes, des gratte-ciels, la maison blanche, des flingues, des flammes, des palmiers... Oui, on trouve de tout dans des lunettes de cinéma.
Dès demain, je partirai donc à la recherche d'un fabricant de paires de lunettes "fric et palmier" correspondant me semble-t-il à mon nouveau statut. En attendant, jetez vos lunettes noires et n'hésitez pas à cliquer sur ce petit florilège pour l'agrandir.
(* suis-je bête, les Men In Black ont besoin de se protéger des effets de leur "flashouilleur", évidemment).
(Please find a rough translation of this trivial introduction. Please bear in mind that I am found of writing in French, so it may be a good way... to start learning French! Given this sudden worldwide fame (as a result of my collages spreading on thousands of websites of all kinds, from Brazil to Japan), it was clear that I would now learn to live avoiding paparazzi. It was therefore natural that I tried to lay my hands on dark glasses. I was actually astonished that apart from MIB agents K and J, most stars? glasses were never dark! (?black glasses? in French). I noted amazing reflections in all these movie posters glasses. Surprisingly, I never saw me - although the logic was that the observer should have been reflecting itself in the glasses - before discovering so much treasures: notes banks, villains or victims, skyscrapers, White House, guns, flames, palm trees... Yes, you can virtually find everything in movie posters glasses. Tomorrow I will be looking for "money and palm" glasses matching my new status. In the meantime, feel free to click on the collage to enlarge.)
Imaginez-vous dans la peau du distributeur d'un très bon film "indépendant" américain.
Votre petit bijou a probablement été plébiscité au Festival de Sundance, y rafflant plusieurs prix ; il est possible que certains festivals européens vous aient déjà harcelé pour présenter le film ; on s'arrache déjà le scénariste ; les observateurs les plus avertis placent déjà votre poulain dans la liste des prétendants sérieux aux Oscars...
Malheureusement, cet objet cinématographique bizarre souffre aux yeux du public du Middle West de l'absence d'explosions ou de stars de très gros calibre. Autant le dire tout de suite, vous n'êtes pas si bien barré que ça, en dépit des récompenses qui s'accumulent déjà sur votre bureau. Comment avez-vous pu mettre autant de fric sur un canasson ne comportant pas la moindre fusillade, hein ?
Comment vous en tirer ? Comment faire passer au public le message que votre film n'est pas un "petit film" mais un "grand film indépendant" ? Comment donc attirer l'attention sur ces "Little Miss Sunshine", "Garden State" et autres "Le Discours d'un roi" ? Sortez votre crayon de couleur magique...
C'est au talentueux chorégraphe Angelin Preljocaj que l'on doit cette nouvelle publicité Air France.
Preljocaj (prononcez "Preliotchaï") est sans doute l'un des chorégraphes les plus doués de sa génération : il réussit à incorporer à la tradition du ballet classique la modernité de la danse contemporaine. D'ailleurs, Preljocaj compte déjà un certain nombre de chorégraphies entrées au répertoire du Ballet de l'Opéra national de Paris.
Les deux danseurs sont Virginie Caussin et Benjamin Millepied, et la musique le concerto pour piano 23K 488 de Mozart. Cette splendide publicité intitulée "L'envol" est une envoutante allégorie du décollage. D'une éblouissante pureté, cette publicité est vraiment... aérienne.
Enfin, notez que ce film s'inscrit dans la continuité de l'évolution de la communication publicitaire de la marque analysée il y a trois ans dans ce billet, que je vous invite à relire : Air France dans l'air du temps (disparition des vues intérieures des avions, puis miniaturisation des avions, puis disparition des avions, etc).
Laissez tomber les quelques sporadiques petites robes noires. Oubliez les robes vertes, jaunes, bleues, rayées, multicolores, à motifs, sombres ou printanières. Depuis un siècle, au cinéma, il n'y a définitivement qu'une seule couleur de robes, qu'on soit à Hollywood ou à Paris, pour incarner la séduction. Etonnamment, c'est une couleur de robes aussi invariable dans les films qu'elle est, me semble-t-il, rarissime dans la vie normale.
Voici 160 petits indices... (je vous recommande de cliquer sur l'image pour l'agrandir)
En 1939 et 1963, à un quart de siècle d'intervalle, paraissent respectivement le numéro 27 de "Detective Comics" et le numéro 15 d' "Amazing Fantasy". Les jeunes lecteurs de l'époque ne le réalisent pas encore, mais ils ont entre les mains les toutes premières apparitions de nouveaux super-héros qui marqueront la moitié de siècle qui va suivre.
Dans le "Detective Comics" n°27, c'est sur un toit que les jeunes américains découvrent un homme masqué surprenant des voleurs, "l'homme-chauve-souris", "the bat-man" ! (on notera que sur la couverture, on lit "Batman", mais que dans cette première planche, son nom est orthographié avec un tiret).
Dans "Amazing Fantasy" n°15, c'est dans une chambre que Peter Parker enfile pour la première fois son costume de Spider-Man (cette fois, "spiderman" est orthographié sans tiret, mais ce dernier est bien présent sur la couverture, et c'est cette orthographe avec tiret que les créateurs gardent dans les aventures suivantes).
Aujourd'hui, ces premières apparitions font sourire tant elles paraissent rudimentaires. L'essentiel y est pourtant : les personnages, les costumes, le ton. On notera seulement que juste avant la case de la première apparition de "Spider-Man", Peter Parker se fabrique des petits lanceurs de toiles d'araignées, tandis que les films les plus récents préfèrent vanter une mutation génétique...
La planche de "Spider-Man" apparaît ci-dessous dans sa version conservée à la National Library, mais le numéro était évidemment en couleurs (la colorisation faisant l'objet d'une deuxième étape sur une feuille séparée).
Au fait... vendus respectivement 10 et 12 cents, ces deux numéros valent aujourd'hui chacun plus d'un million de dollars. Je doute malheureusement que mon exemplaire numéro 1 d'Astrapi prennent un jour autant de valeur, quand bien même Hollywood se déciderait enfin à faire des films "Touffu"...
Vous noterez avec moi, chers Sibères lecteurs, les quelques grandes principes se dégageant de ce florilège d'affiches de dos : l'affiche de dos est singulièrement dépouillée, de sorte que la richesse de ce dos vous saute aux yeux [sic] ; le dos est toujours solitaire ; la présence d'un chapeau implique obligatoirement une arme cachée dans le dos ; le ténébreux regard de biais est fortement recommandé (jusqu'à se retrouver sur l'affiche d' "Un long dimanche de fiançailles").
A trop abuser de ce genre de ficelles, les distributeurs de films pourraient bien finir par se mettre le public... à dos. Mais entre nous, franchement, connaissez-vous beaucoup d'autres secteurs d'activité qui optent pour un point de vue aussi insolite pour faire leur publicité ? (cliquez sur l'image pour l'agrandir)
En matière d'affiches de films, j'ai l'oeil : certaines similitudes me sautent tout simplement aux yeux. Il suffit d'ouvrir l'oeil pour les repérer ! Je vois d'ailleurs d'un très bon oeil ces codes publicitaires que le public décrypte inconsciemment et qui renseigne ce dernier sur le genre, le ton, l'ambition, la "famille" de films à laquelle celui-ci appartient. D'ailleurs, certains distributeurs de films se mettent parfois le doigt dans l'oeil en voulant à tout prix concevoir des affiches "originales" (ils sont fiers de n'avoir pas froid aux yeux) ou en créant des affiches qui valent le coup d'oeil. Ils oublient que ces publicités n'ont comme seul objet que de jeter de la poudre aux yeux ou de faire les yeux doux aux spectateurs potentiels, afin que ceux-ci se précipitent au cinéma les yeux fermés !
A trop en voir pourtant, certaines affiches peu ragoûtantes vous sortent parfois par les yeux. Vous ne voyez donc pas à quelle famille d'affiches je fais référence ? Mon oeil !
Il y a 50 ans cette année, John Fitzgerald Kennedy lançait devant le congrès des Etats-Unis le célèbre programme Apollo destiné à faire marcher un homme sur la Lune. Cette annonce était éminemment politique, les Etats-Unis ayant essuyé le mois précédent deux splendides camouflets sur la scène internationale : l'échec du débarquement de la baie des cochons, à Cuba, et le vol du premier homme dans l'espace... par un soviétique, Youri Gagarine. L'Amérique se lançait alors dans une des plus spectaculaires aventures du siècle, signe du génie et du volontarisme humain.
Pourtant, un an et demi plus tard, JFK est singulièrement inquiet. La NASA poursuit de nombreux programmes de recherches spatiales et perd de vue, du point de vue du président, la portée politique de la mission principale qui lui a été assignée avec Apollo. En bref, elle se disperse. Dans les rangs de la communauté scientifique et intellectuelle des Etats-Unis, à l'inverse, on commence sérieusement à s'interroger sur le bien-fondé de cette décision qui engloutit des milliards de dollars (une portion très significative du budget national) et détourne des dizaines de milliers de scientifiques d'autres sujets de recherche pour un objectif aussi... lunatique.
C'est dans ce contexte que le 21 novembre 1962, le président Kennedy convoque le directeur de la NASA et ses principaux conseillers scientifiques à la Maison Blanche. Il n'est pas difficile de comprendre que le président entend réaffirmer clairement sa volonté, que dis-je, son injonction catégorique. Si vous avez des doutes sur la façon dont laquelle un président des Etats-Unis exprime ses ordres, cette conversation, au ton parfois comminatoire, devrait vous éclairer.
J'oubliais en effet de vous le rappeler : toutes les réunions du président à la Maison Blanche sont enregistrées. Vous pourrez donc écouter dans quelques instants, comme si vous y étiez, cette conversation singulièrement animée qui marqua un tournant dans l'Histoire du siècle, en engageant résolument la NASA dans un seul et unique programme.
Vous serez impressionné, j'en suis sûr, par la détermination de JFK et par sa motivation profonde : qu'importe les avancées scientifiques, il s'agit essentiellement d'une course avec l'Union Soviétique qui dessinera les futurs rapports de force de cet ère de guerre froide. A entendre le président, c'est la seule justification des milliards de dollars dépensés dans le programme Apollo. "Allez sur la Lune le deuxième, c'est sympa, mais c'est quand même être deuxième."
Je vous invite enfin à réfléchir à ceci : pendant ces quelques minutes de conversation se sont tout simplement joués le destin de la science et celui de la politique internationale du XXe siècle. Et oui. Où en serions-nous aujourd'hui si JFK avait tempéré son jugement, si les russes étaient arrivés les premiers sur la Lune, ou si les Etats-Unis n'avaient pas décidé de dédier autant de milliards à la recherche ?
Pour écouter le président Kennedy, cliquez sur l'image, puis sur "listen" et enfin sur la flèche "play". (la conversation est retranscrite simultanément, ce qui devrait vous permettre, quel que soit votre niveau d'anglais, de suivre très aisément ces échanges).
Quand on y pense, il est relativement peu courant de voir un acteur de profil sur une affiche de film. la récurrence avec laquelle Tom Cruise apparaît parfaitement de profil sur la plupart des affiches de ses films n'en est que plus insolite !
L'affiche de "Présumé coupable", le prochain film de Vincent Garenq relatant l'affaire d'Outreau, nous présente le visage de Philippe Torreton, les yeux bandés. Si l'allégorie de la Justice est souvent représentée ainsi, çela ne signifie pas que la justice est aveugle, mais qu'elle ne se laisse pas influencer. On ne peut pas vraiment en dire autant du graphiste qui a eu cette idée "originale" de concevoir une affiche de film reprenant un visage en gros plan, un bandeau sur les yeux... Pourtant, même déjà vue, une affiche n'est en pas moins efficace pour autant : après tout, celle-ci ne vous invite-t-elle pas à aller voir ce film... les yeux fermés ?
Je le concède, j'ai été singulièrement agacé de lire il y a quelques jours sur Twitter sous la plume d'un blogueur, réputé cinéphile, cette petite pique sarcastique sous forme de question rhétorique : "Si nos nouveaux réalisateurs se nomment Daniel Auteuil, Kad Merad et Mélanie Laurent, comment peut-on décemment avoir espoir en le cinéma français ?".
Je n'entends pas ici prendre la défense des trois acteurs devenus réalisateurs - je laisserai à chacun la liberté de se faire une opinion sur leur talent de réalisation quand leurs films sortiront au cinéma - mais m'élever contre un préjugé... prodigieusement idiot (comme tous les préjugés, me direz-vous).
Vous l'aurez compris, l'auteur des lignes incriminées part du postulat implicite qu'un (simple) acteur ne peut réaliser un (excellent) film. Je conteste, je m'insurge, que dis-je, je me révolte !
Vous tiquez, je le vois. Vous doutez vous aussi, n'est-ce pas ? Evidemment, s'agissant d'une appréciation qualitative (bon ou mauvais réalisateur), il me faut des exemples incontestables pour faire valoir mon point de vue. Même en me creusant le ciboulot quelques minutes, ce ne sera pas une tâche facile.
Considéreriez-vous comme un argument recevable que des acteurs devenus réalisateurs aient réussi à réaliser de très bons films salués par des Oscars ? Ou mieux encore, que des acteurs devenus réalisateurs aient réussi la prouesse encore plus rare de remporter simultanément l'Oscar du meilleur film (la récompense suprême) et celui du meilleur réalisateur, ne laissant aucun doute sur leur réussite ? Si c'était le cas, il me suffirait de citer Sydney Pollack, doublement récompensé pour "Out of Africa", Robert Redford pour "Des gens comme les autres", Clint Eastwood pour "Million Dollar Baby", Ron Howard pour "Un homme d'exception", Mel Gibson pour "Braveheart" ou Kevin Costner pour "Danse avec les loups". Six acteurs devenus réalisateurs et repartis chez eux avec les deux statuettes les plus prestigieuses...
Vous êtes encore sceptiques, je le devine. Et si ça ne valait que pour quelque rares "bons" acteurs, dites-vous ? Je m'empresserais de vous citer Mike Nichols, récipiendaire de l'Oscar du meilleur réalisateur pour "Le lauréat", ou Warren Beatty pour "Reds", deux acteurs peu réputés pour leur jeu époustouflant...
J'en entends quelques-uns qui doutent encore... Somme toute, il s'agit d'acteurs devenus réalisateurs récompensés, mais des acteurs ont-ils réalisé des films mythiques du cinéma ? la contre-attaque est solide. Il est peu probable en effet que mes neurones vieillissants gardent en mémoire que "La nuit du chasseur", "Easy Rider", "Le dictateur" ou "Une femme d'influence" ont tous été réalisés par des acteurs, Charles Laughton, Dennis Hopper, Charles Chaplin ou John Cassavetes. Il est peu contestable en revanche que ces films aient durablement marqué l'Histoire du Cinéma avec des majuscules partout...
Les plus jeunes des lecteurs - à qui tous ces films ne disent absolument rien - font déjà du bruit au fond. "Eh, papy, raillent-ils probablement, c'est bien joli, mais les acteurs devenus réalisateurs, ça n'existe plus depuis belle lurette !". Je m'abstiens donc de citer Rob Reiner (quand Harry rencontre Sally), Jodie Foster (Le petit homme) ou Sylvester Stallone (Rambo), des interprètes qu'ils n'ont pas connus, préférant citer "Thor" que "Beaucoup de bruit pour rien" dans les films réalisés par l'acteur Kenneth Branagh. Peut-être pourrais-je m'aventurer à citer des acteurs récemment devenus des réalisateurs reconnus, comme George Clooney (Good Night and Good Luck), Sean Penn (Into The Wild), Peter Berg (Hancock, Le royaume), Zach Braff (Garden State), Ben Affleck (The Town) ou Jon Favreau (Iron Man) ?
Ce léger sourire se dessinant déjà sur mon visage se fige quand tombe cette remarque acerbe : "ça n'existe qu'aux Etats-Unis, mon gars". Joli traquenard. Je me doute bien que personne ne viendra à mon secours en citant ces dizaines d'acteurs français devenus de talentueux réalisateurs, de Claude Berri à Jacques Perrin, d'Alain Chabat à Agnès Jaoui, de Zabou Breitman à Mathieu Amalric, de Dany Boon à Guillaume Canet, réalisateurs de films auréolés par le public ou par les critiques, selon leur style. Peu de chance également que je pense à Takeshi Kitano ou à Roberto Benigni, deux exemples d'acteurs étrangers devenus des réalisateurs inspirés...
J'enrage. En griffonnant un semblant de liste en moins d'une dizaine de minutes, je ne trouve qu'une bonne centaine d'excellents films réalisés par de simples acteurs, quand bien même d'ailleurs ceux-ci aient été de piètres comédiens. J'en oublierais presque "La nuit du chasseur", ce chef-d'oeuvre d'un acteur devenu réalisateur une seule et unique fois, en dépit d'une carrière longue de 64 films...
Après tout, peut-être tout ceci ne sera-t-il pas suffisant pour vous convaincre de laisser le bénéfice du doute à nos trois aspirants réalisateurs français, et de juger leurs films sans le moindre préjugé ?
Ayant fait une courte escale à Singapour de retour d'Indonésie, j'en ai profité pour faire ces quelques photographies de faune et de flore.
Non, bien sûr, les orangs-outans et les orchidées géantes ne se cachent pas entre deux gratte-ciels d'Orchard Road ou dans le patio de l'hôtel Raffles, mais dans deux lieux tout aussi mémorables. Le "Jardin national des orchidées" niché au coeur du "Jardin botanique de Singapour" est l'une des plus belles collections d'orchidées au monde ; le "Zoo de Singapour" probablement l'un des zoos les plus exemplaires d'Asie, sans la moindre cage.
Les lecteurs les plus assidus se rappellent probablement que l'année dernière, j'avais enfilé mon plus beau costume d'aventurier pour aller admirer des orangs-outans sauvages au fin fond des forêts de Bornéo, bravant une nature aussi joliment luxuriante que singulièrement hostile. Ce n'est donc pas sans une pointe d'agacement qu'il m'a fallu supporter ces touristes en goguette s'approchant sans mérite à quelques mètres d'imperturbables orangs-outans du zoo de Singapour pour les prendre en photo : et dire qu'il m'avait fallu braver les moustiques et les serpents pour en approcher ! Quoi qu'il en soit, je n'ai pas résisté longtemps à prendre moi aussi en photo ces cousins en semi-captivité dont la curiosité et l'apparente humanité ne cessent de me fasciner. Il n'en fallait pas plus pour que j'en fasse autant avec ces rares spécimens de tigres blancs...
Je vous invite à cliquer absolument sur ces photographies pour les voir en grand, en particulier les portraits d'orangs-outans.
Je ne peux m'empêcher de griffonner rapidement un petit billet sur ce moment de magie survenu il y a deux heures, dans le métro parisien.
Nous sauterons l'attente du métro, bien que celle-ci eut préalablement conditionnée mon état d'esprit (attendre 15 minutes le métro quand vous sortez du boulot à 22h30...), pour nous retrouver directement au moment où j'avisais une place assise libre au milieu de quelques jeunes filles et de quelques personnes âgées, dans cette rame passablement occupée, sans être tout à fait bondée...
N'ayant préalablement noté la présence d'aucune grande-mère ou femme enceinte (vous avez noté comme je suis bien élevé ?), je m'installais donc pesamment dans le siège, comme tout bon parisien harassé par une lourde journée de travail.
Les jeunes adolescentes discutaient entre elles dans la langue de Shakespeare. Quelques-unes étaient assises dans le même carré, mais il ne fallut que peu de temps au Sherlock Holmes que je suis pour deviner que les jeunes demoiselles d'outre-manche étaient un peu plus nombreuses, réparties dans toute la rame, entre les touristes, les parisiens ou les banlieusards. Il faut dire qu'elles s'interpellaient en riant, rajoutant à un environnement déjà bruyant. Si Hercule Poirot avait été dans cette rame, il aurait probablement confirmé mon estimation d'une quinzaine de sujets féminins de sa Majesté, ceux-ci se distinguant par un look "cool" d'adolescentes du XXIe siècle.
Voici pour le décor et les personnages.
Tandis que je rêvassais, l'une des jeunes filles assise à mes côtés commença à chantonner. Sourdement, un filet de voix presque inaudible, tout juste un murmure... au milieu des conversations et des bruits souterrains... quand la magie opéra. Sa voisine la plus proche reprit doucement la mélodie en riant. Puis une autre... Et au milieu du brouhaha du métro, des claquements de portes, des sonneries de fermeture et des étincelles sur les rails, quelques secondes suffirent à ce qu'un silence religieux se fit dans le wagon.
Et devant un auditoire bouche bée, l'on entendit alors ce que je m'empressais d'enregistrer sur mon téléphone...
Il y a quelques mois, je m?étais permis de taquiner Alain Lambert, l?ancien Ministre du budget nouvellement nommé à la Cour des Comptes, en lui envoyant sur Twitter cette photo prise par votre serviteur.
Je ne m?étais pas privé de demander malicieusement au nouveau Conseiller-Maître s?il rentrait dans ses nouvelles attributions de haut magistrat de pouvoir faire modifier l?énorme faute d?orthographe gravée dans le marbre et dorée à l?or fin à l?entrée de la Cour des Comptes.
Soucieux d?épargner les deniers du contribuable, Alain Lambert m?avait d?ailleurs répondu en riant qu?il serait probablement moins couteux de demander à l?Académie française d?autoriser cette orthographe dans une prochaine édition du dictionnaire. J?imagine depuis le supplice de devoir passer tous les matins devant une faute d?orthographe gravée dans le marbre, au sens propre.
En me remémorant récemment cette anecdote, mes neurones joueurs n?avaient probablement pas d?autres desseins que de vous inviter à poursuivre cette petite réflexion : connaissez-vous d?autres exemples de fautes d?orthographe gênantes ? Quelle pourrait bien être la faute d?orthographe la plus embarrassante au monde ?
Voici donc trois petits exemples glanés de-ci de-là. Si vous en connaissez d?autres, je vous invite à les partager !
En 2007, sur un bulletin de vote du Modem figurait une petite faute d?orthographe sur le nom d?une candidate. Rien de grave, me direz-vous. Erreur. La commission électorale invalida le bulletin, obligeant le jeune parti à faire réimprimer... 3 millions d?exemplaires.
En 2010, l?actrice Julia Louis-Dreyfus se vit honorée par une étoile sur le célèbre Walk of Fame, à Hollywood. Quelques heures avant l?inauguration, on remarqua que les maçons avaient écorché son nom de famille, oubliant le « o » de Louis.
En 2009, le graveur chilien Pedro Urzua Lizana grava une nouvelle pièce chilienne de 50 pesos. Malheureusement, on ne se rendit compte de sa petite faute d?orthographe qu?après qu?un million et demi de pièces eurent été frappées et éparpillées dans la nature. Sur la pièce, un « i » avait remplacé un « l », et l?on pouvait lire « Chiie » au lieu de « Chile ».
Assurément, il ne vous aura pas échappé que sur une affiche de documentaire animalier, le titre est toujours écrit en blanc, le plus souvent en usant de la même police, du plus grand classicisme (si possible en majuscules).
Evidemment, vous n'ignorez pas non plus qu'il est souvent d'usage d'y faire figurer un "couple" de dos ou de profil. Vous n'aurez donc pas manqué j'en suis sûr l'étrange similitude des "Ailes Pourpres" et de "La marche de l'empereur" (où l'on découvre la capacité d'imitation du flamand rose, quel blagueur celui-là), de "Loup" et du "Dernier trappeur", ou du triptyque de dos, "Le renard et l'enfant - "Les animaux amoureux" - "Nicostratos le pélican".
Certainement, vous savez tous que la présence d'une lune gigantesque, si elle n'est évidemment pas obligatoire, est pour le moins chaudement recommandée.
Mais franchement, je doute sérieusement que quiconque ai jamais réussi à répondre à cette question insoluble : y aurait-il donc une couleur particulière plus fréquemment utilisée pour les affiches de documentaires ou de films animaliers ?
[Addenda : plusieurs affiches de films à caractère animalier plus anciens me sont revenues à l'esprit tardivement : voici donc une seconde mosaïque d'affiches. Parmi celles-ci, vous retrouverez la toute première configuration "animal sur fond de lune" ("L'ours"), une affiche animalière toute bleue, et pour cause ("Le grand bleu") et bien sûr un certain nombre d'affiches bleues... marines (dauphins, baleines, tortues, requins,...). ]
A la question "peut-on lire sur les visages ?", les distributeurs de films ont manifestement répondu oui. Mais bien plus que l'expression des différents faciès, ce sont les accroches posées directement "sur" les visages qui sautent dorénavant aux yeux.
Cette nouvelle mode ne vous aura pas échappé : on n'écrit plus en dessous, ou à côté, mais directement sur le nez, le front ou les gueules patibulaires des protagonistes. Rien de tel qu'un simple photomaton, agrémenté d'une phrase choc ou nébuleuse : "On ne se fait pas 500 millions d'amis sans se faire quelques ennemis", "J'ai tiré sur ma femme", "Dieu sauve le roi", "L'amour est épique", "Courage", "La vérité peut être modifiée" ou "Je suis encore là" par exemple.
Une question perdure cependant. Est-ce le fond qui prend le pas sur la forme... ou le contraire ? Pour vous aider à répondre à cette question, voici un florilège d'affiches du genre, pour les Sibères lecteurs qui n'auraient pas encore eu la bonne idée de me suivre sur Twitter.
Si l?on excepte l?actuel locataire du 55 rue du Faubourg Saint-Honoré, 22 hommes ont exercé la charge de Président de la République Française. Imaginez un instant ces hommes ayant porté tel Atlas le sort de la France sur leurs épaules, au gré de guerres, de bouleversements mondiaux ou de crises économiques majeures... Stress, fatigue, responsabilités pesantes, on en faiblirait presque rien que d?y penser? Et bien, quelle est donc l?espérance de vie moyenne d?un Président de la République Française ?
Parmi nos 22 anciens locataires de l?Elysée, deux anciens Présidents sont encore vivants, Valéry Giscard d?Estaing et Jacques Chirac. Nos deux joyeux lurons ont respectivement soufflé 85 et 78 bougies, et il n'apparaît pas que l'on s'attende particulièrement à voir leurs noms dans les mois qui viennent dans la rubrique nécrologique?
Intéressons-nous aux vingt autres Présidents, de Louis-Napoléon Bonaparte à François Mitterrand.
Parmi eux, neuf ont dépassé l?âge canonique de 80 ans ! Emile Loubet, le doyen des Présidents, mourut à 91 ans, Armand Fallières eut bien ses 89 balais et Patrice de Mac Mahon souffla 85 bougies. Jules Grévy vécut bien 84 ans et un mois, mais un mois de moins qu?Alexandre Millerand. Vincent Auriol vit 81 printemps, Charles de Gaulle, Adolphe Thiers et René Coty fêtèrent leur 80e anniversaire. Quand au dixième, François Mitterrand, il loupa son 80e gâteau d?anniversaire à deux petits mois. Il faut se souvenir de l?espérance de vie moyenne des français au cours des deux précédents siècles pour mesurer combien leur âge fut exceptionnel pour l?époque. D?après l?Institut National des Etudes Démographiques, l?espérance de vie moyenne à la naissance oscillait alors entre 40 et 60 ans !
Aussi impressionnants, les septuagénaires Gaston Doumergue, Raymond Poincaré, Paul Doumer et Albert Lebrun (qui moururent respectivement à 73, 74, 75 et 78 ans) dépassèrent de plus de trente ans l?espérance de vie moyenne de l?année de leur naissance ! Enfin, même ceux qui vu du XXIe siècle, nous paraissent être morts jeunes ? Félix Faure à 58 ans, Jean Casimir-Perier à 59 ans, George Pompidou à 62 ans, Louis-Napoléon Bonaparte à 64 ans, Paul Deschanel à 67 ans - ont toujours rendu leur dernier souffle plus de 10 ans après l?espérance de vie moyenne des personnes nées la même année qu?eux.
Je garde pour la fin le Président mort le plus jeune, Sadi Carnot, un anarchiste italien ayant décidé de l?assassiner à 56 ans uniquement pour faire baisser ma moyenne. Notez d?ailleurs qu?un second Président fut assassiné, et que si tel n?avait pas été le cas, Paul Doumer aurait probablement compté parmi les octogénaires de l?Elysée. (Au passage, notons que deux assassinés sur 20 anciens Présidents morts, ça fait quand même 10%, hein).
Au cours des deux siècles passés, nos Présidents de la République Français ont donc eu une durée de vie moyenne de... 75 ans ! Un record à mettre encore une fois en parallèle avec l?espérance de vie du péquin moyen de même nationalité né dans la même année.
Enfin, en attendant de savoir quand Valery (bien qu?Immortel) et Jacques (bien qu?attendant son procès) iront retrouver leurs prédécesseurs, notez que le record est toujours détenu par l?équipe de la 4e république, j?ai nommé Vincent et René (les deux seuls Présidents de la 4e), ces derniers étant décédés en moyenne à 80 ans et 6 mois. Allez Jacques et Valery, il faut que vous teniez encore 9 ans chacun pour faire gagner la 5e, et tout ça à cause de George !
Les rares lecteurs de ce carnet qui suivent mes gazouillis sur twitter se seront peut-être amusés, il y a quelques mois, du petit pépiement ci-dessus. De la punaise au papillon, je m'étais évidemment servi de cette capacité du français à détourner le sens de noms d'insectes, ou à en faire des verbes.
Voilà donc qu'hier, dans ce cerveau "fourmillant" d'idées saugrenues, un de mes neurones a bien voulu attirer mon attention sur le verbe "canarder". Les autres n'ont évidemment pas tardé à s'emballer : existait-il d'autres exemples de verbes issus de noms d'animaux ? Combien pouvait-il bien y en avoir, dans une langue aussi riche d'expressions animalières et de métaphores ?
En y réfléchissant, j'ai dénombré une trentaine de verbes étymologiquement nés de noms d'animaux. Au passage, j'ai écarté quelques fausses pistes que je vous livrerai également. Evidemment, cette petite liste est loin d'être exhaustive, ma mémoire étant plus proche de celle du moineau que de celle de l'éléphant. Si d'aventures vous pensiez à d'autres verbes, je serais ravi de les connaître !
Les voici, par ordre alphabétique :
Ânonner, réciter, sans aisance, buter et répéter comme un âne, bichonner, comme on choie un bichon de compagnie, bourdonner, faire le bruit sourd du bourdon, cafarder, déprimer, avoir l'air d'un cafard, canarder, tirer d'un abri sur des canards, caner, s'arrêter, comme une cane recule devant le danger, cabrioler, bondir comme un cabri, chatoyer, comme les reflets de l'oeil d'un chat dans l'obscurité, chevaucher, monter sur un cheval, chevroter, parler en tremblant comme une chèvre, cochonner, faire salement un ouvrage, comme un cochon, crapahuter, avancer par bond dans un terrain difficile, comme un crapaud, faisander, acquérir le fumet du faisan, fouiner, mettre son nez partout comme une fouine, fourmiller, s'agiter en grand nombre, comme des fourmis, hérisser, dresser ses piques comme le hérisson, lézarder, s'exposer au soleil comme un lézard, miter, faire des trous comme une mite, moucheter, parsemer de petites taches semblables à des mouches, moutonner, former des amas blanchis et frisants, semblables à des moutons, papillonner, passer d'une chose à une autre comme un papillon d'une fleur à une autre, pigeonner, gonfler la poitrine comme le pigeon bombant son poitrail, pouliner, mettre bas un poulain, rater, manquer, comme il arrivait que l'on manquât son tir, lors d'une chasse au rat, serpenter, avancer de manière sinueuse comme un serpent, ou singer, imiter une personne comme le font les singes. Concluons cette petite liste avec deux manières de faire des rayures : tigrer ou zébrer !
J'ai choisi d'écarter les verbes dont l'usage était vieilli ou l'étymologie par trop indirecte, comme les verbes chevronner, lapiner, chevaler. J'ai également découvert quelques amusantes fausses pistes. Si Cailler vient bien du lait et non de la caille, larver n'existe pas et méduser tire son nom de la gorgone grecque et non du zoophite marin. Plus étonnant, asticoter ne vient pas du tout de l'asticot mais de l'allemand et piaffer n'a aucun lien avec le piaf. Enfin, aussi surprenant que cela paraisse, il n'existe strictement aucune trace de vache dans l'étymologie du verbe avachir, qui provient d'un verbe de vieux allemand signifiant amollir !
(Je me permets d'indiquer aux récents lecteurs que j'avais il y a quelques années griffonné un billet sur les personnalités dont les noms ont laissé des verbes, ou bien qu'ils peuvent retrouver ici mes différents billets sur la beauté ou les singularités du français)